AVERTISSEMENT

AVERTISSEMENT Ce blog a pour raison d'être de rééquilibrer la problématique de l'affaire de Nantes, et de remettre à l'honneur la présomption d'innocence.

Il s'adresse en particulier à tous ceux et celles qui restent meurtris, et qui ne renoncent pas à comprendre.

En tant que partie civile, nous avons pu constater dans le dossier que les informations qui ont fuité dans les médias provenaient d’une sélection d'éléments à charge, pour une raison que nous ne nous expliquons pas. Alors qu'il existe pourtant quantité d'éléments à décharge dont l'importance est minimisée.

Pour résumer notre position [...] Réfléchir autrement.

Bertram et Christine de Verdun (sœur de Xavier)

samedi 2 mars 2013

La Vérité - 2

...au plan religieux.

Depuis le tout début de l'affaire, quelques esprits forts, jouant les bons apôtres, se sont empressés de mettre en avant la notion de délire mystique, puis de secte – censée expliquer l’affaire de Nantes. Bien sûr, sous le couvert de l'anonymat, régulièrement. Et davantage par goût du sensationnel, que par souci de vérité ou même simplement d'équité. 

Le seul inconvénient, c'est que ces personnes ont omis un détail – mais de taille – à savoir que les prétendus gourous, et prétendus adeptes, de la prétendue secte... sont aussi partie civile, soit en quelque sorte aux deux bouts de la chaîne. Ces "accusés" ont donc eu connaissance des auditions de leurs accusateurs – par exemple – ô ironie du sort. Situation qui ne manque pas de sel ; ni de comique. 

Le hors-série du Parisien, déjà évoqué, consacrant un article à ce thème, nous offre l'occasion de procéder à quelques rectifications. Hors-série fort intéressant, au demeurant, et dont certaines précautions oratoires, par endroits, sont remarquables. Et entre autres points positifs de ce magazine, notons dans cet article, la référence au miracle eucharistique de Saint-Christ, juin-juillet 1979, qui y figure en bonne place.

Ce miracle relève de la dévotion au Sacré-Cœur, grand classique de la mystique catholique traditionnelle (En France, Paray-le-Monial, la Basilique de Montmartre, etc...) : en 1856, le Pape Pie IX étend la Fête du Sacré-Cœur à l'Église universelle. Cette dévotion est, affirme Léon XIII, « la forme de religion la plus estimable », et même « la synthèse de toute la religion » selon les mots de Pie XI et Pie XII (encycliques Annum Sacrum, 1899, Miserentissimus Redemptor, 1928, et Haurietis Aquas, 1956).





x x x


Quand l'affaire a éclaté, le mythe de la secte redoutable, instigatrice de crimes rituels, pourquoi pas, a fait son apparition... fort à propos. Un prétendu ami de Xavier, resté anonyme... insinuait dans une interview de l’époque une cause religieuse : un délire mystique... L'idée était semée, et allait faire son chemin. 

L'article du Parisien Enquêtes, page 50 à 53, est une fameuse compilation de ce qui a pu être avancé précédemment : Geneviève, mère de Xavier, et déclarée fondatrice de la secte de Philadelphie en 1964, aurait élevé celui-ci dans une ambiance ésotérique fort préjudiciable…


Il aurait violemment rejeté cette éducation, mais serait resté croyant en un Dieu impersonnel… et Dieu seul sait ce qu’il en est exactement : « les enquêteurs s’interrogent malgré tout : à quel point a-t-il rompu ? » (Page 53). L’idée du crime rituel est là, en filigrane. Sans compter que l’un des « adeptes » pourrait bien cacher le père de famille. D’où les perquisitions, et les visites policières à différents lieux de culte, considérés comme de possibles refuges pour le disparu.


Diabolisant peu ou prou la mystique catholique traditionnelle au passage, la démonstration est relativement bien ficelée : à défaut de mobile plausible (l’on n’élimine pas toute sa famille pour cause de dettes, surtout quand les enfants sont grands, et que l’on n’a aucune façade narcissique), voilà un mobile supra-rationnel : le mobile religieux. Idéal !, pour asseoir la théorie officielle, dominante jusqu’à ce jour. 


Affiche dans un bus versaillais, en juin 2011...

Le seul problème c’est qu’avec des « si » et des à-peu-près, l’on obtient une construction fantastique – dans tous les sens du terme.

Car Geneviève n’a jamais fondé de secte, ni même de groupe de prières. Il ne s’est rien passé en 1964. Xavier n’a jamais vécu dans un climat ésotérique étouffant. Et il n’a rien rejeté violemment.
Que l’on me permette un témoignage à ce sujet, en tant que témoin direct, contrairement au journaliste, qui se base, au mieux, sur des on-dit… Xavier et moi, Christine, avons partagé la même enfance ; nous nous sommes côtoyés à l’adolescence ; et nous sommes restés en contact, et en bons termes, à l’âge adulte.

Je suis allée chez Xavier et Agnès dans le midi, au moment des naissances, ou indépendamment, sur des périodes allant de deux à six semaines. J’ai partagé leur vie de tous les jours, étant reçue chez eux ; ce ne sont pas des étrangers, et je connais bien leurs fonctionnements, individuels et familiaux. 

C’est moi, par un quiproquo avec Xavier, qui ai été l’occasion de la remise en question de sa religion, en 1995. Il ne me l’a jamais reproché, et m’en a même remerciée plusieurs fois, estimant avoir eu là une occasion de progresser. Il n’y a eu aucun éclat. Il est venu en personne, nous dire en tête à tête qu’il prenait du recul vis-à-vis de la religion – et je lui ai moi-même aussitôt conseillé de maintenir une pratique ordinaire, s’il souhaitait mettre la mystique traditionnelle de côté. 

Ce qu’il a fait : Xavier a maintenu la pratique religieuse extérieure, pour sa famille, se rendant présent à tous les évènements familiaux tels que baptêmes, mariages, enterrements, communions, messes de Noël, etc… 

Qu’y a-t-il de révolté ou de sectaire en cela ? 




Beaucoup de points dans la suite de l’article sont romancés, voire tout simplement inventés. Mais à la décharge du journaliste, rappelons que ses sources sont sérieusement corrompues. Certains des documents, qui visiblement lui ont servi à écrire ses articles, sont partie intégrante du dossier – manque de chance.

L’article fait aussi état d’un fascicule de 60 pages, dont l’on pourrait croire qu’il soit de la main de Geneviève. En réalité ce document, d’après le résumé qui en est fait, émane d’un auteur-éditeur rencontré à quelques reprises entre mars et mai 1995, mais perdu de vue depuis. Nous nous sommes éloignés de lui en raison de divergences de vue fondamentales. Son interprétation rigoriste du « Message d’Amour et de Miséricorde » nous étant apparue dangereuse, et aux antipodes de l’esprit de l’Évangile. Les écrits de cet auteur-éditeur ayant de toute évidence inspiré le journaliste, rien d’étonnant à ce que son article soit perverti à un tel degré. Devrais-je réfuter des assertions telles que la maternité de l’antéchrist, ou celle de Lucifer, que l’on m’attribue ? Ou encore, dans le genre farfelu, « un monde où Satan est l’allié de Dieu et sauvera la terre de ses péchés » (sic) ? 

Et ainsi de suite… « Chapeau de paille – paillasson – somnambule – bulletin – tintamarre… » J’en oublie.

Entre en scène le « mécène » (sic – page 52). Subtile façon de diaboliser, cette fois, le cercle d’amis de Geneviève – qui n’en a ? – et leur soutien qui a empêché le naufrage familial en 1979 ; un moyen de gonfler la baudruche un peu plus. Pour clarifier les idées des lecteurs, précisons que la maison de Bréhat fut achetée par nos grands-parents en 1961, et que nous n’y sommes pas retournés depuis 18 ans. Elle fut rachetée par une amie, décédée maintenant, avec qui nous nous en sommes partagé l’usage pendant une dizaine d’années : par un accord amical et tacite qui allait de soi. Xavier et Agnès y ont fait un bref séjour en hiver au début de leur mariage. C’est tout.
Il n’y a jamais eu de réunions de groupe, là-bas, ou ailleurs, de « recrutement » (sic), de « projet religieux » de « la mère Dupont de Ligonnès » (sic). 

Et pas de « messe obligatoire », sous-entendu imposée par la mère de famille, pas plus que de Xavier « élève médiocre », de « carcan familial étouffant », ou de « grandes réunions du MAM » ; que Xavier ait fait quelques retraites classiques, telles que préparation de première communion, de confirmation, etc…, en tant que baptisé, c’est dans l’ordre des choses : pourquoi le monter en épingle de cette façon ? 

Il est exact qu’à une époque Agnès lisait le « Message d’Amour », le considérant d’origine surnaturelle (elle connaissait les prêtres soutenant Geneviève). Il est exact aussi qu’elle en a parlé à une ou plusieurs amies, avant et après 1995… malheureusement avec toutes les distorsions que l’on peut retrouver dans certaines auditions : florilège en finale, en guise de récréation. Le lecteur en jugera.


x x x


L’un des inconvénients majeurs de ce type d’article, qui désinforme manifestement le grand public, est le coup fatal qu’il porte à la crédibilité du journaliste – évitons de généraliser en étendant la remarque aux médias. 

L’inconvénient des auditions fantaisistes de pseudo-témoins, déformant à l’envi les on-dit, étant la perte de temps et d’énergie infligée aux enquêteurs orientés sur des fausses pistes. Car effectivement il y a un bouquet d’auditions qui ont pour point commun une hostilité envers Geneviève, d’une part, et un certain fantastique d’autre part. Mais leur cause est identique : ce n’est pas le Message qui pose problème en soi, mais l’interprétation que d’aucuns en font : interprétation subjective d’esprits non rigoureux, très imaginatifs, enclins à l’exagération, et le plus souvent très mal informés.  

L’auteur-éditeur évoqué plus haut en fait partie, avec quelques autres. Agnès n’a pas évité cet écueil. Cependant, contre les assertions de Bruno de Stabenrath, je prends sa défense en connaissance de cause : jamais elle n’aurait porté la main sur ses enfants. Sachant le type de relation qui existait entre Agnès et nous avant sa disparition en avril 2011, et connaissant les fonctionnements d’Agnès, ma lecture des critiques de cette dernière envers sa belle-mère auprès de quelques amies, est que ce sujet lui servait de soupape pour exprimer ses inquiétudes pour la sécurité de son mari ; craintes qu’elle ne pouvait partager avec personne.

Qu’elle ait focalisé sur sa belle-mère, et sa belle-sœur, est une problématique banale. Qu’elle ait diabolisé une dimension de la foi envers laquelle elle avait mis une distance, c’est banal également. De là à insinuer un crime rituel (« sacrifice familial »), le pas est disproportionné… Car là encore, étant des deux côtés de la barrière, je suis bien placée pour savoir ce qu’il en était de nos relations : nous avions des divergences de vues, mais aucun différend. Aucune friction. Nous ne parlions d’ailleurs jamais de religion. Il y avait un statuquo, un modus vivendi : des échanges à Noël, aux fêtes, aux anniversaires, etc… Agnès n’a jamais cherché à couper avec nous, comme il est dit dans une audition : Agnès a pu le dire, c’est distinct. Focaliser sur « la secte » était un prétexte idéal pour extérioriser ses angoisses.

A l’appui de ce décryptage, un simple spécimen : Agnès s’est exprimée en ces termes sur un forum : « Ça fait un peu bizarre pour moi de parler de secte car ce n'en était pas une à proprement parler. Si on considère qu'une secte fait rentrer de l'argent, ce n'était pas le cas. En fait une femme disait avoir des messages divins et nous suivions tout ce qui était dit ». Il y a une certaine honnêteté dans les propos d’Agnès ici. Mais l’exagération est aussi visible… Personnellement, je n’ai pas connaissance que quelqu’un ait jamais tout suivi à la lettre. Agnès pas plus que Xavier, ni aucun autre des lecteurs. Pourquoi ? Parce que le « Message d’Amour » dit de suivre le Décalogue… Qui peut se vanter de le suivre à la lettre sans aucune entorse ?


x x x


Le florilège, comme annoncé :

Béatrice, une connaissance du côté de Xavier : 
« On ne peut pas dire que le groupe soit animé par Geneviève mais elle aurait des révélations avec le Ciel par écriture automatique […] Je pense qu'il y a quelque chose de démoniaque dans ces messages, qui est transmis de manière inconsciente par Geneviève. »

Armelle, une proche du côté d’Agnès :
« Cette secte était tenue par le passé par la grand-mère de Xavier, puis ensuite par sa mère. [Une nièce de Xavier] était l'élue pressentie pour reprendre les rênes de la secte. […] Je crois me souvenir qu'Agnès m'avait dit que sa belle-mère vivait de pièces d'or, mais je n'ai pas plus de précisions. Au début où elle m'en parlait, je crois que la secte était composée d'environ 150 personnes. […] Ils étaient contre le pape, qu'ils avaient d'ailleurs projeté d'éliminer. […] La secte avait de nombreux endroits en France. Ils y entreposaient de la nourriture pour pouvoir tenir deux ans. […] En 1999, Agnès me dit que Christine est enceinte du diable. […] A mon sens Xavier pourrait se trouver dans un des refuges de la secte, où se trouve entreposé de la nourriture. Ou alors il aurait de faux papiers et se serait réfugié en Afrique. »

A rapprocher de l'article : « "Agnès racontait des sortes de messes noires où l'on invoquait Lucifer pour qu'il descende sur terre" se souvient, encore glacée, une proche d'Agnès. » Manifestement la même personne.

Guillaume, un proche du côté de Xavier, source de l’ADFI Versailles, et de Georges Fenech (ancien président de la MIVILUDES) :
« Hubert de Ligonnes, a quitté sa femme et ses enfants suite aux « délires » de son épouse Geneviève. »
« A une certaine époque, une statue de la Vierge [...] se serait mise à verser des larmes. Elle aurait alors été récupérée par Geneviève de Ligonnès puis installée à son domicile [...] à Versailles. Suite à cette affaire de "pseudo manifestation divine", le Chanoine R. aurait été chargé par le Vatican de surveiller le groupe. […] Suite à son décès [en 1987], un autre prêtre, le Père G. aurait été nommé pour surveiller à nouveau ce groupe de prière, mais il décède à son tour en 93/94 [en 2001 en réalité]. »
« Des rencontres sont organisées depuis peu entre les familles membres du groupe, afin, semble-t-il, d'accorder les déclarations éventuelles aux services enquêteurs dans le cadre de l'affaire de Xavier de Ligonnès. »
« Je n'ai plus la date exacte, mais je crois qu'au début décembre 1995, [mes proches] ont reçu un appel [...]. Cet appel avait pour destinataire toute la communauté [...]. Le but de l'appel était un commandement pour se retrouver dans une propriété [près de Rennes]. »

Antoine, un proche du côté de Xavier :
« Je pense qu'il faut chercher du côté de la secte de sa mère. Un monastère, je ne suis pas sûr. De toute façon, s'il est dans un monastère, il restera introuvable. C'est quasi inviolable, et il y a de quoi se cacher. Mais je penserais plus à la secte créée par sa mère. Je ne sais pas si elle a des ramifications dans le Var. Il faudrait que je puisse me renseigner sur cette secte, pour bien étudier le cas. A mon avis, il faut creuser du côté des catholiques extrémistes. Le problème c'est que je ne sais rien de cette secte, de ses ramifications. »

Julien, un proche du côté de Xavier :
« Je trouve malgré tout surprenant que Xavier ait pu garder des relations avec sa mère et sa sœur Christine qui vivent recluses dans un délire mystique et collectif, en ce sens qu'elles excluent quiconque ne partage pas leur croyance. Il se disait anticlérical mais peut-être pensait-il comme sa mère et sa sœur. Ce qui est sûr c'est qu'il a forcément été marqué par l'éducation reçue de sa mère. La mère de Xavier est sortie de la religion, à tel point que pour elle le pape est le diable. Je trouve également surprenant que la mère de Xavier et sa sœur aient communiqué à la presse par le biais d'un avocat, ce qui n'est pas leur genre. Elles ne parlent à personne. »

Lire "Mythes".


x x x


Les plus belles perles de l'article du Parisien-Enquêtes (impossible de tout recenser) :

L'éducation stricte de Geneviève serait : « alimentation naturelle, alcool prohibé, glorification de la "pureté" et de la virginité » (page 51), tandis qu'elle prodiguerait des « conseils conjugaux » (page 53), et des directives particulières comme des  « prières à Lucifer » et des « encouragements à l'adultère » (encadré page 53)...

« Si le fonctionnement exact [du groupe] et le nombre de ses membres restent un mystère, les policiers en connaissent désormais la philosophie : préparer l'arrivée imminente de l'Antéchrist, annonciateur d'une Apocalypse libératrice »...

Manifestement difficile à démêler... De quoi y perdre son latin.


x x x


Corollaire concernant l’année 1995 :

Fin 1994, début 1995, des amis de Geneviève font la connaissance d’un écrivain auto-éditeur, que nous appellerons "Jacques". Celui-ci est invité plusieurs fois à dîner chez eux, avec femme et enfant, et rencontre d’autres connaissances de Geneviève, mais pas cette dernière qui est alors à Versailles. Le 3 mars 1995, près de Rennes, est organisé un simple rendez-vous, au départ. Personne n’attendait la fin du monde, ni ce jour-là, ni en juin, ni à aucune autre date ! Mais de ce qui devait être une rencontre informelle, on en fera un véritable rassemblement, ce Jacques faisant venir plusieurs personnes, de sa famille et de sa belle-famille. Le propriétaire des lieux n’était pas ravi de voir tout ce monde débarquer chez lui… Et contrairement à ce qu’affirme Thibault Raisse, Xavier et Agnès n’ont pas participé à cette réunion, pas plus que Geneviève qui était à Versailles à ce moment-là. Elle ne rencontrera l’éditeur Jacques qu’une semaine plus tard, le 11 mars 1995, dans un autre lieu.

L’éditeur Jacques fait organiser plusieurs autres réunions en mars et avril 1995. Il reçoit aussi de l’aide financière de la part de certains des amis de Geneviève, soit en dons, soit par la vente de ses livres. Il fait venir à ces réunions d’autres personnes de sa connaissance. Mais sa vision des choses étant très éloignée de celle de Geneviève, une certaine distance s’installe rapidement, sans aucun éclat cependant. Jacques et Geneviève se verront pour la dernière fois en mai 1995. Quelques amis de Geneviève recevront ensuite un courrier de ce Jacques, dans lequel il calomniait Geneviève, l’accusant de manipulation à son égard. Il n’y avait pourtant jamais eu de réunions avant ce bref épisode, et il n’y en aura jamais plus par la suite. Sans compter que ces dîners et réunions autour de Jacques avaient été initiés avant même qu’il ne rencontre Geneviève. A la fin de l’été suivant, deux familles seront entendues par la gendarmerie, et l’affaire sera classée sans suite.

Dix-sept ans plus tard, en prenant connaissance du dossier de l’affaire de Nantes, nous avons découvert ce qui s’était passé en coulisses, les différents acteurs étant restés très discrets sur le sujet. Il n’y avait pas de quoi se vanter, en effet. Dès le mois de mai 1995, l’éditeur Jacques s’était entretenu avec un prêtre, que nous appellerons "l’abbé". Probablement pour justifier son attitude auprès de ses proches, Jacques lui avait expliqué que Geneviève l’avait manipulé, et qu’elle était très dangereuse, et sous influence satanique. Il témoigne alors de « l'aide OCCULTE [sic] que Geneviève reçoit pour la rédaction des derniers messages : en effet ceux-ci requièrent une connaissance gnostique profonde ainsi qu'un recul nécessaire pour les compiler avec la science du serpent. […] S'il y a folie mystique, je maintiens qu'il existe également une aide préternaturelle pour rédiger les messages gnostiques que j'ai lus à la fin, avant de piéger la prétendue voyante [sic] sur l'esprit qui l'assistait. »

L’abbé a alors contacté l’ADFI de Rennes, et a rédigé un rapport, sur la base des allégations de l’éditeur Jacques, sans doute compilées dans le « fascicule », de 19 ou 60 pages selon les articles de Thibault Raisse. Ce fascicule n’a donc pas été composé par Geneviève, mais par Jacques lui-même. Nous n’en connaissions pas l’existence avant son évocation dans les médias, fin 2011, et serions très heureux de pouvoir consulter un jour ce chef-d’œuvre, qui n’a pas été versé au dossier. 

L’abbé, sans avoir pris la précaution de rencontrer Geneviève, qu’il n’avait jamais vue, conclut arbitrairement à la folie de cette dernière dans son rapport à l’ADFI, en ajoutant toutefois une réserve : « A moins, et ce point n'est pas à écarter, que Geneviève de Ligonnès se soit livrée à des pratiques occultes : spiritisme, magie... dans ce cas on pourrait avoir un cas d'infiltration ou d'infestation par un esprit du mal. »

L’abbé avait-il le droit d’écrire cela à l’ADFI, sans même vérifier par lui-même ce qu’il en était ? Du point de vue rationnel, non. Et du point de vue doctrinal, non plus. C’est même une grave imprudence de sa part. La doctrine catholique est claire sur ce point : avant de se prononcer sur une « révélation privée », selon la terminologie catholique, « il est nécessaire de connaître les qualités et les défauts des personnes qui se croient favorisées de révélations. Or il faut pour cela, étudier leurs qualités naturelles et surnaturelles » (Précis de Théologie ascétique et mystique - A. Tanquerey). Et par conséquent les rencontrer en tout premier lieu, et s’entretenir avec elles. Ce qu’avaient fait tous les autres prêtres ayant entouré et soutenu Geneviève avant cet épisode de 1995.

Pourtant il eût été relativement facile à l’abbé de rentrer en contact avec Geneviève, s’il l’avait voulu. La famille de ce prêtre et celle de Bertram se connaissent bien : elles cousinent « à la mode de Bretagne ». S’il l'avait fait, peut-être que l’abbé n’aurait pas fait cette erreur de discernement. Et si lui, tout comme l’ADFI, avaient été mieux renseignés sur le genre littéraire produit par l’éditeur Jacques, peut-être se seraient-ils méfiés un peu plus avant de tirer de telles conclusions sur la base de ses déclarations. En tout état de cause, il eût fallu rédiger le rapport au mode conditionnel.

Personne n’a été hospitalisé dans un service psychiatrique. C’est l’abbé qui a pris contact avec le service psychiatrique de Rennes, fin juin 1995. A la lecture de certains écrits, vraisemblablement le fameux fascicule de Jacques, en effet du genre « délirant », le responsable du service lui a conseillé de saisir le procureur d'Avranches. D'où les auditions chez les gendarmes… classées sans suite.

...Il n'est pas du tout certain que l'éditeur Jacques, comme l'abbé, soient contents que leurs écrits et rapports aient été communiqués par l'UNADFI aux journalistes. Et pérennisés en partie par la télévision  en  2011, dans un reportage sur l'affaire. Ils n'avaient probablement pas prévu cette indiscrétion, et la récupération à des fins publicitaires que l'UNADFI et la MIVILUDES (ou plutôt leurs présidents respectifs) allaient faire plusieurs années après...


x x x




« Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage »…

Nous prenons la défense de Xavier depuis la première heure, et dénonçons les amalgames indus qui ont été faits aussi dès la première heure. Amalgames trop faciles, appuyés par des citations de Xavier sorties de leur contexte, et vidées de leur sens. 

Quel mobile idéal, que le mobile religieux…



x x x


Lire aussi "Mythes".